Eye of the Tiger II

4 juillet, 2009

On inspire, on expire…

Se concentrer sur les vacances, oublier le reste, rester zen, vérifier qu’on est prête :

- Tenue légère pour ne pas étouffer par les petits 43°C de la salle de prêt mais pas trop pour ne pas attirer tous les pervers du coin,

- Grande rasade d’eau et un petit verre de la dernière mixture de Dédé pour tenir la route,

- Sourire tenace, un peu crispé mais on fait ce qu’on peut,

- Petit échauffement sur place : étirement des bras, petite foulée, roulade des épaules, craquement des doigts,

- Ne rien prendre de pointu-tranchant-coupant avec soi, on ne sait jamais…

Ok ! je suis parée pour le prêt ! Bon salue les gars, j’y vais, j’y crois à fond, ce sont mes dernières heures, j’ai même pas peur !!!

 

Dix minutes, à la banque de prêt, une mêcheuse (ou une jeune lectrice si vous préférez)

Est-ce que vous avez Tentation de Stephenie Meyer ? Non ??? parce que je les ai tous lu mais comme je sais que le film twilight 2 va bientôt sortir, j’avais envie de le relire parce que franchement le 2, il est trop bien et en même temps, c’est sûr, il est trop dur, parce que rien d’imaginer la vie sans Edward, je veux dire… C’est trop dur quoi !!! Vous l’avez hein ? vous l’avez pas ??? Madame ? Madame ? Maaadameeuuu ????

 

Extrait du quotidien local :

Drame à la bibliothèque

Pour des raisons encore inconnus, une bibliothécaire d’une trentaine d’année a semble-t-il été l’objet d’un coup de folie. Ses collègues et plusieurs des lecteurs présents au moment du drame ont dû recourir à la force alors qu’elle avait empoigné une jeune fille de 15 ans et qu’elle essayait apparemment de lui faire avaler de force les pages d’un roman pour adolescentes. Immédiatement internée à l’asile de la commune, la bibliothécaire n’a pas pu expliquer son geste. Les témoins de la scène précisent qu’elle n’aurait pas cessé d’hurler le nom d’une certaine Stephenie Meyer en l’associant à des insultes que votre bien aimé journaliste ne peut évidemment pas retranscrire… “

Eye of the Tiger

30 juin, 2009

Allez, on inspire, on expire… on inspire, on expire…

J’étire mes muscles un à un… Comme j’en ai deux, ça va assez vite.

Je fais craquer mes articulations cervicales.

Je vérifie une dernière fois dans la glace que je suis prête : jupe ample pour pouvoir fuir très vite si ça dégénère, vernis rouge pour impressionner l’adversaire, cheveux attachés en chignon pour laisser le moins de prise possible, khôl noir aux yeux pour me donner un air assuré…

Non je crois que je n’ai rien oublié.

On inspire, on expire… On inspire, on expire…

Monique arrive.

“- Comment sont-ils ?

- Durs… très durs… ça va pas être facile BG ! Courage, on est tous avec toi !”

Rassemblant ce qui me reste de courage, je fonce d’un pas déterminé vers l’espace jeunesse où 20 gamins de huit ans hurlent mon nom… Raconter des histoires à des enfants surexcités qui ont juste envie de m’arroser avec leur pistolet à l’eau c’est comme demander une augmentation du budget de 2010 : c’est suicidaire.

Une heure plus tard, décoiffée, tremblante, dégoulinante de sueur, je sanglote sur mon innocence perdue : non, les enfants ne sont pas gentils, non ils n’aiment pas les livres, non je ne suis pas une bonne bibliothécaire… Snif snif…

Putain si je reprends celui qui a eu l’idée de fixer des rendez-vous aux scolaires juste avant les grandes vacances alors qu’il fait + 40 °C dans la bib… C’est moi ? Alors  je jure sur le “Métier du Bibliothécaire” qu’on ne m’y reprendra plus… Jusqu’à l’année prochaine !

Bla bla bla

20 juin, 2009

- Non mais vous vous rendez compte !!! ma propre soeur ! avec mon mari ! Ah non mais là j’en reprends pour 10 ans de séances chez mon psy, hein !

- Ah si vous saviez comme elle a souffert Madame… Ma mère ne méritait pas ça… Mourir comme ça, à 97 ans… Il n’y a plus de justice, il n’y a plus de médecine… Ah elle va mal la France !

- En fait, je pense que c’est la conjoncture actuelle qui ne m’aide pas… Je veux dire, toute cette crise économique, ces guerres, ces crimes… Non vraiment je suis bouleversé en ce moment et je crois que du coup, ben j’assume plus ma vie !

- Vous savez, ce n’est pas moi, c’est Robert. Robert c’est mon mec qui en fait n’est plus vraiment mon mec puisque j’ai appris qu’il couchait avec Marco, mon meilleur copain. Je lui ai dit “Robert, tu as dépassé les limites Robert !”. Le problème c’est qu’il dit que c’est la faute de Marco qui lui pense que c’est Cindy parce qu’elle aussi elle a couché avec Robert quand Marco est venu me dire pour lui et mon mec…

- Non mais c’est incroyable !!! Non mais pour qui vous vous prenez !!! On est dans une dictature c’est ça ? vous êtes le KGB ? Et bien non Madame, je ne céderai pas à votre odieux chantage, je m’en souviendrai Madame, je m’en souviendrai !!!

- Oh je vous en prie, ne le dites à mes parents ! Déjà que j’ai bousillé l’ordi de mon père en voulant faire une expérience avec le fer à friser de ma mère et le canard vibrant de ma frangine…

C’est incroyable ce que les lecteurs peuvent nous raconter pour justifier le retard de leurs documents… Même au bout de 5 ans, je suis toujours autant bluffée…

Juste une petite parenthèse pour vous dire que cette semaine, l’ami Fred de la Fredzone fête ses deux ans de blog ! Quelques hommages lui sont donc rendus par ses fans, dont je fais partie. Même si je n’ai pas été encore convertie au “geekisme”, je reste admiratrice du ton très très particulier de la Fredzone, de son ironie et surtout de ses allusions incessantes à sa vie de débauché !

Donc voici mon hommage à la Fredzone à retrouver sur son blog pour les commentaires très… très… instructifs !

Joyeux anniversaire la Fredzone !!!

Décidément, j’ai un problème avec les stages… A moins que ce ne soit les stages qui aient un problème avec moi…

Toujours est-il que j’ai eu la brillante idée de me faire enrôler inscrire dans un stage sur le savoir-bien-communiquer-avec-les-autres, sur le savoir-se-placer-dans-une-relation et sur le savoir-se-motiver-en toute-circonstance-même-quand-on-est-fonctionnaire. Alors oui, c’est vrai, je l’ai bien cherché… Et je l’ai bien trouvé.

Donc le stage reposait sur un concept intéressant : la visualisation. C’est-à-dire que vous mettez en scène votre problème (question-suggestion-etc.) avec votre petite personne et vous prenez des collègues-stagiaires pour vous aider.

Exemple : Corinne nous raconte qu’elle a un problème sa responsable qui lui donne toujours plus de travail sans aucune reconnaissance et tout cela dans un stress toujours croissant. Donc Corinne se met au centre de la pièce. Elle prend Nadège pour faire sa chef et on déroule une écharpe entre les deux pour symboliser leur relation… On VISUALISE donc la relation. Et puis Corinne va prendre des autres stagiaires pour symboliser sa rage, sa frustration et son envie… Toussa toussa et à la fin, miracle ! Corinne se rend compte qu’elle n’a pas verbalisé ses envies et ses besoins à sa chef et que donc celle-ci ignore totalement son ressenti… Vous me suivez ?

C’était vraiment très intéressant jusqu’au moment où se fut mon tour. Alors d’abord il a fallu que je trouve un problème… Je ne voulais pas parler de la disparition de Gilbert… Ni de ma passion dévorante pour Stephenie Meyer… Il fallait que je trouve un truc sérieux comme les collègues-stagiaires…

“- j’ai dû mal à réaliser que je suis cadre B… Et donc je crois que je souffre beaucoup-beaucoup !

- Très bien, très bien… Tu te sens en souffrance par rapport à ton équipe ? ta hiérarchie ?

- Euh… bah tout le monde je crois…

- Très bien, prends une personne pour symboliser ton équipe, une personne pour représenter ta hiérarchie !

-Euh c’est difficile… Pour mon équipe je prends Nath… Et puis ma hiérarchie… Ben là faut vraiment que je prenne plusieurs personnes parce que entre la directrice, le coordinateur culturel, le chef de service, le chef de pôle, le DGA, le DG, le remplaçant du DG, le…

- OK OK, très bien BG, prends une personne pour les cadres directs et ceux indirects… Si tu préfères une pour ta directrice et une pour les autres !

- Euh… Micheline pour ma directrice et Fabrice pour les autres.

- Très bien. Symbolise ta relation ces personnes avec une écharpe.

- Ben c’est-à-dire qu’il me faudrait plusieurs écharpes parce que tout d’abord dans l’équipe, y a une scission rapport au fait que Dédé a écrit sur le tableau d’entrée que Marco avait une petite bite. Alors bien sûr Marco il l’a mal pris et il est soutenu par Agnès et Raymonde… Alors que les autres trouvent ça plutôt rigolo ! Tout comme moi. Et puis pour Fabrice, ben pareil, le coordinateur il est fâché avec le directeur du cabinet parce qu’ils ont eu une aventure mais que maintenant le coordinateur, il veut se maquer avec la femme du DG… qui est pas trop d’accord d’ailleurs. Le DG, hein, pas sa femme. Alors c’est sûr aussi que la directrice est partie en cure de désintoxication parce que son fils qui travaille à la voirie lui a appris qu’il savait que son vrai père était le chef de service des sports… Donc en fait mon chef direct actuel est potentiellement le coordinateur mais comme il a des soucis avec…

- Stop !!! BG, c’est n’importe quoi, tu ne joues pas le jeu BG, tu fais preuve de mauvais esprit BG ! BG TU SORS !!!

M’enfin ! C’est pourtant vrai ce que je dis………….

La chaleur est écrasante. Des gouttes de sueur dégoulinent sur le front de la bibliothécaire. Sa peau colle sur son siège en plastique imitation… imitation d’une matière dont nul ne connaît le nom… Ses paupières sont lourdes, enfin plus lourdes que d’habitude. Ses gestes sont lents, sa voix presque éteinte et pourtant elle s’accroche la bibliothécaire. Elle s’accroche à l’idée que bientôt, c’est Monique qui va venir la remplacer et qu’elle pourra enfin quitter l’accueil et retrouver la moiteur de son bureau, cataloguer ses bouquins à moitié nue (mais oui, tout à fait, TOUS les bibliothécaires sont NUS quand ils sont dans leur bureau !!!).

Quand tout à coup (j’aime bien dire “quand tout à coup” mais c’est vrai qu’on a pas tous les jours l’occasion de le placer… C’est dommage je trouve)… Donc quand tout à coup, un lecteur arrive. La bibliothécaire sent qu’il veut emprunter des documents. C’est son expérience, que dis-je, son sens inné de l’humain qui le lui dit. ça et le fait que le lecteur porte péniblement 10 bouquins avec sa carte d’abonné entre les dents.

Dans un fracas assourdissant, le lecteur laisse tomber ses livres sur la banque de prêt. Il souffle, il gémit… C’est sûr, il regrette d’avoir pris ces bouquins d’art de 1500 pages chacun mais il ne peut pas perdre la face.

Le problème, c’est que le lecteur, pauvre inconscient qu’il est, a laissé choir (”choir” non plus, je ne l’utilise pas souvent… Mais comme j’ai un cheveu sur la langue, ceci explique peut-être cela !) ses documents du côté “retour” du bureau. Alors là pour les pauvres néophytes, je m’explicite un peu. Souvent dans les bibliothèques, la fonction “prêt” (là où on emprunte des livres avec sa petite carte) et la fonction “retour” sont clairement indiquées et séparées.

Mais notre bibliothécaire n’a pas de chance, dans sa structure, les deux fonctions sont rassemblées sur un même et seul bureau et séparées seulement par une ligne imaginaire symbolisée par deux minables pancartes. La bibliothécaire le sait. Donc d’habitude, elle est gentille avec les lecteurs qui ne poseraient pas leurs livres au bon endroit. D’habitude, elle lèverait son postérieur de sa chaise, elle se déplacerait latéralement de 80 cm, elle prendrait l’offrande, la soulèverait et courageusement, prendrait le chemin inverse pour enregistrer les livres et tout cela avec un sourire qui cache son désarroi à savoir “ils sont cons ces lecteurs, peuvent pas lire une pancarte !”.

ça pourrait se passer comme ça mais aujourd’hui, la bibliothécaire a chaud, la bibliothécaire en a marre, la bibliothécaire rentre en résistance.

Tout d’abord, elle reste les yeux rivés sur son ordinateur (elle regarde les derniers dessins de Gally). Malheureusement le lecteur tousse. C’est le signal, alors elle relève la tête, sourit et dit “bonjour”. Rien de plus…

La lutte est engagée : le lecteur pousse du doigt ses livres, la bibliothécaire s’enfonce un peu plus sur sa chaise. le lecteur pose sa carte sur le tas de livres et tapote avec ses doigts nerveusement sur la banque de prêt. Le bruit résonne dans la tête de la bibliothécaire. Le lecteur racle maintenant sa gorge. Il n’en peut plus. La rage le guette !

” – Oui c’est pourquoi ?demande la bibliothécaire.

- C’est pour emprunter (sur le ton “ça se voit pas connasse !”)

- c’est bien ICI…”

Le lecteur comprend la provocation. Un duel s’engage ! La bibliothécaire fait ses yeux de poissons morts (oui j’aime cette attaque). Le lecteur prend l’air hautain de Docteur D’Enfer (cf Austin Power).

Pauvre inconscient qu’il est… Il a oublié quelque chose : la bibliothécaire a tout son temps ! Du moins jusqu’à la relève de Monique. Au bout de trois longues, très longues minutes, le lecteur craque pousse ses lourds livres vers l’ordinateur de notre bibliothécaire. Celle-ci sourit, forte de cette grandiose victoire qui illumine sa journée.

Aahhhh quel beau métier tout de même !

Quoi de plus emmerdant ennuyeux me direz-vous que de s’inscrire dans une bibliothèque ? Euh à part assister à une réunion de 3 heures, pas grand chose. Et pourtant, c’est un mal nécessaire si vous voulez pouvoir emprunter tous les merveilleux documents, que dis-je, les trésors dont débordent cette institution sacrée.

Donc dans mon institution sacrée (je parle de ma bibliothèque, hein, n’allez pas chercher une connotation tendancieuse…), on demande aimablement à nos gentils lecteurs de nous présenter un justificatif de domicile de moins de trois mois, une pièce d’identité, un justificatif de situation pour les étudiants et pour les demandeurs d’emploi et une gentille petite cotisation… Un vrai bonheur qui saoule autant les lecteurs que les bibliothécaires.

Bref, un soir, cinq minutes avant la fermeture, un bon monsieur se pointe à ma banque de prêt et me demande d’emprunter trois bouquins. Je lui demande sa carte, il l’a pas. Je lui demande son nom, il est inconnu dans mon fichier. Il faut donc lui faire une carte. Pas méchante la fille, je lui dis OK, on peut la faire rapidement mais comme c’est une première inscription, j’ai besoin d’un justificatif de domicile de moins de trois mois. Oui mais voilà, le bon monsieur il en a pas. Le bon monsieur, il a juste de très belles cartes de visite spécifiant qu’il est professeur dans un lycée “prestigieux” du coin. C’est bien joli mais ça ne m’avance à rien.

Donc le bon monsieur, il commence à s’énerver. Il veut savoir pourquoi je veux avoir son relevé EDF si ce n’est pour savoir combien il gagne (je ne vois pas le rapport !), pour pouvoir le fliquer (oui je rêve toutes les nuits de savoir ce que font mes lecteurs grâce aux mystérieux renseignements que j’aurai récoltés dans leurs factures France Télécom) et pour pouvoir le faire chier, lui, le bon monsieur qui n’est pas n’importe qui puisqu’il est professeur dans un “prestigieux” lycée de la ville.

Alors petit conseil complètement débile pour tous les usagers des services publics : plus vous agressez le fonctionnaire c’est-à-dire l’être humain qui est en face de vous, moins il a de chances d’être conciliant. Car franchement, le bon monsieur m’aurait demandé aimablement s’il pouvait prendre les livres en échange d’une pièce d’identité et me les ramener le lendemain matin, je les lui aurai même mis dans un joli sac avec un beau sourire. Mais là… comment vous dire… euh… NON !

Et bien vous savez ce qu’il a fait le bon monsieur ? Il a commencé à me lancer à la figure ses belles cartes de visite, une par une. Des cartes qui précisaient bien sûr son statut social. A croire qu’il se prenait pour Gambit (cf les Xmen) sauf qu’il n’avait ni les beaux yeux rouges, ni le charme !

Gambit à la bibliothèque

Alors bien sûr, une seule réaction possible face à cette attitude (hormis celle qui consiste à enfoncer mes doigts dans les narines du monsieur, de tirer sa tête sur la banque de prêt et de lui défoncer le crâne à coup de démagnétiseur) : partir éteindre les lumières en le laissant seul avec sa colère… Petit plaisir tout de même, voir ce bon monsieur très distingué se pencher avec beaucoup de peine au dessus de la banque de prêt en tentant désespérément de rattraper ces belles cartes de visite !

Besoin d’amour…

24 mai, 2009

Recevoir les classes de maternelle n’est pas toujours de tout repos.

N’importe quelle collègue de jeunesse pourrait vous le dire : les mômes c’est bien sympa mais bon…

C’est vrai quoi, ils nous envoient leurs miasmes à la tronche, ils vomissent dans les bacs, ils se coincent les doigts partout où il faut pas, ils ne rangent pas les livres (ouais même à 3 ans, on peut ranger un livre), ils pleurent-crient-rient-parlent…

Et souvent ils répondent à côté de nos questions. Exemple : “qui est déjà venu à la bibliothèque ?” “et ben moi avec mon tonton Albert et ma cousine Sidonie on est allés une fois au manège et mon tonton il a tout vomi ses frites par terre…”.

Mais je ne céderai ma place pour rien au monde et ce, pour une unique raison :

” – Tu ressembles à une princesse !

- Tes orteils, on dirait des bonbons à la fraise avec le vernis dessus… Je peux les toucher ?

- Tu es très belle…

- Tes yeux ont la couleur de la piscine !

- Est-ce que je peux t’embrasser ?

- Tu as de belles bagues… comme une sorcière… j’aime bien !

- Tu sens le parfum de ma maman…

- Tu as mis des collants ?

- Je t’aime Madame !”

ça fait du bien à mon égo !!!

Ricco s’avançait vers moi avec sa démarche de félin, ses yeux noirs brûlants comme la lave d’un volcan, les muscles saillants que je devinai sans peine sous son tee-shirt mouillé par l’eau du fleuve dont il venait de sortir… D’un geste non étudié et si naturel, il secoua sa chevelure qui retrouva alors immédiatement son mouvement et sa sécheresse d’origine. Quand il se pencha sur moi, me tenant fermement mais avec beaucoup de délicatesse mes deux bras, je décidai de réduire à néant mes dernières résistantes et de céder à ce mâle aux lèvres charnelles et…

- Mademoiselle BG, s’il-vous-plaît, pourriez-vous enfin nous répondre ? Mademoiselle BG ??? MADEMOISELLE !!!

- Hein ?

- Nous voudrions avoir votre point de vue sur cette question ! Toutes vos collègues sont unanimes et pensent que cette option est la meilleure solution pour votre service mais en tant que coordinateur culturel, je me dois de veiller à ce que chaque membre de l’équipe puisse s’exprimer en toute sincérité !

Putain, impossible d’être tranquille, même en réunion ! Depuis quand je ne peux plus pieuter !!! Fais chier ce nouveau coordinateur de culture de mes deux… Vite trouve un truc intelligent à dire BG, un truc intelligent…

- Euh… Ben… Bien sûr que je rejoins à 100% la conviction de mes collègues. Cela va de soit ! Et je dirai même plus, qu’il en soit ainsi, amen !

- Très bien. Puisque vous êtes d’accord, je demande dès demain la rédaction de votre arrêté pour que vous soyez régisseur en chef et je prends note de votre motivation à reprendre à votre seule charge le problème du tri des périodiques depuis 1984 à nos jours qui pose tant de soucis à vos collègues. C’est un bel exemple  que vous nous donnez là et je vois que vos collègues avaient tout à fait raison quand elles parlaient de votre sens inné du service !!!

Oh les salopes !!! J’y crois pas !!! Elles savent bien que je roupille pendant les réunions. Et elles profitent de cette légère faiblesse pour me coller les corvées !!! Je me suis fait avoir comme une bleue… C’est une honte !!! Et où est-ce que c’est écrit que je suis obligée de participer à ces réunions de travail hein ? à part dans mon profil de poste, je veux dire… Tout ceci est juste un énorme complot pour me pourrir la vie. Je hais les réunions…

Un matin comme un autre, Christine débarque comme une furie dans le bureau, les deux mains plaquées sur le visage tel un Homer Simpson constatant qu’il n’y a plus de Duff dans son frigo :

“- Oh les filles, on n’a plus de Gilbert !”

La foule (enfin quatre bibliothécaires mais on est assez bruyants… surtout moi) répond en coeur :

“- Oh dis moi pas que c’est pas vrai !!!!”

S’ensuit une longue plainte traduisant une souffrance intense et atroce (Stephenie Meyer, je t’aime toujours tu sais !).

Alors pour les néophytes et les rares professionnels qui ne connaîtraient pas Gilbert, je vais faire les présentations. Gilbert est un petit flacon d’anti-adhésif qu’on utilise généralement pour retirer les pansements chez les êtres douillets, c’est-à-dire les hommes.

Bien sûr, dans ma bibliothèque, nous n’avons pas tous les jours à enlever des pansements sur nos corps athlétiques. Gilbert est bel et bien un compagnon de travail qui nous aide à retirer les saloperies d’étiquette de prix ou d’ISBN collées horriblement sur nos livres, les saloperies de vieilles côtes quand une nouvelle chef décide de changer tout le système de cotation ou d’enlever parfois du filmo dans les cheveux de Dédé quand celui-ci trouvait marrant de jouer à la momie avec le film collant… Les choses sont claires : Gilbert nous est indispensable.

OK, me direz-vous, pas de problème, rachète ton Gilbert, BG, et arrête de nous prendre la tête ! Oh mais que nenni, les choses ne sont pas si simples au pays des fonctionnaires. On décide d’organiser une réunion en urgence.

Trois semaines plus tard, réunion :

Christine : – bon les filles, est-ce que vous avez des idées pour retrouver notre Gilbert !

Monique : – y a pas un moyen de passer ça dans un de nos marchés ?

Christine : – Ben non, aucun de nos prestataires ne fournit du Gilbert…

Albertine : – OK. Bon la régie d’avance, on en a plus… Faudrait peut-être en demander en mairie ou dans un autre service ?

Moi : – J’essaye de téléphoner à Dédé tout de suite. J’ai son numéro de portable parce que l’autre fois, il nous a envoyé des photos de ses fesses.

(Vous noterez au passage l’efficacité de votre BG, hein !)

Dédé (qui n’est pas à la réunion mais qui répond au téléphone si vous suivez toujours) : – Mmmallo ?

Moi : – Allo Dédé, c’est BG. Bon c’est hyper important. On a plus de Gilbert, Dédé, on est au bord du gouffre, Dédé. Est-ce que par hasard, mon cher Dédé, tu n’aurais pas un plan pour nous en choper en mairie, l’air de rien ? Aide-nous s’il-te-plaît, on a besoin de toi Dédé. Tu peux faire ça pour nous ?

Dédé : – allez-vous faire foutre bande de salopes !

Moi : – Ok, merci Dédé. Bon les filles, Dédé dit qu’il est dans l’incapacité de répondre à notre demande !

Albertine : – Putain on est mal…

Stagiaire Yolande : – Euh c’est peut-être une question bête mais votre flacon, ça coûte que 3 euros… Vous ne pourriez pas en acheter vous même !

Ouh la la la !!! Heureusement qu’Albertine était à côté d’elle. D’un geste leste et gracieux, elle décoche un coup de poing dans le pif de Stagiaire Yolande qui très vite pisse le sang. Non mais c’est vrai, y a des limites aux insultes quand même ! On est des bibliothécaires, on a de la DIGNITE, Madaaame !

Alors adieu Gilbert ! Pendant des mois, tu as su préserver nos petits ongles du grattage indélicat d’étiquettes. Ton odeur d’éther me manque déjà… Pour toi Gilbert… Ouiiiiinnnnn !!!