Aaaahhhh le démagnétiseur et le bibliothécaire !!! une histoire d’amour, une histoire de haine… une relation passionnée en tout cas.

Petite explication techeunique : un démagnétiseur est un appareil qui permet de désactiver l’antivol sur les livres-CD-Vidéo (etc.) que vous empruntez dans votre bibliothèque préférée. Il y en a des très très beaux, tout électroniques qui font tout pleins de “bip-bip” ou de lumières vertes et rouges.

Oui mais voilà, chez moi, le démagnétiseur est une sorte de gros aimant tout simple, bien lourd (il peut vous exploser un orteil ou un nez si vous le prenez en plein vol) et peu attractif. Bon voilà vous allez me dire “euh ouais et alors???”. Ben alors le fait qu’il fasse pas de “bip-bip” ni de rayon laser pose le terrible et insoutenable problème “l’ai-je bien démagnétisé?” Vous la sentez, là, l’angoisse qui monte ??? Ouais je sais c’est terrible.

A cette inquiétude profonde, plusieurs attitudes sont possibles :

1/ attitude number 1 dite attitude du “lèche-cul” : le bibliothécaire prend le livre avec délicatesse, passe la tranche sur l’appareil et renouvelle cette opération autant de fois que nécessaire.

2/ attitude number 2 dite du “papillon”  : le bibliothécaire effleure avec grâce et légèreté la bête. Plusieurs années de pratique sont nécessaires.

3/ attitude number 3 dite attitude du “j’en ai rien à br…” : le bibliothécaire ne passe pas les documents sur le démagnétiseur ou alors de très, très loin. Bien sûr il faut être capable de répondre rapidement au lecteur effrayé par l’alarme du portique que “Pffff c’est pas grave, ça déconne tout le temps, passez très vite”.

4/ attide number 4 dite attitude de “Ginette” : bon celle là, ne cherchez pas, elle existe que chez moi et elle est pratiquée par ma collègue qui s’appelle… Ginette, forcément. Donc Ginette, elle met du coeur à l’ouvrage. Ginette quand elle passe le document, elle se met debout, elle se penche sur l’instrument, et elle appuie avec une force incroyable la pauvre tranche du livre sur l’aimant. Et elle recommence Ginette, elle recommence… un peu comme un bûcheron scandinave qui mettrait du coeur à l’ouvrage. A chaque fois les lecteurs médusés regardent ce mouvement de va-et-vient si cher à Ginette. ils ont l’air d’avoir peur enfin surtout les hommes… Je sais pas pourquoi…

C’est bien connu, la bibliothèque est un formidable lieu de rencontres. Les clients lecteurs usagers se regardent, se frôlent, se touchent… et un jour on les retrouve enfermés dans les toilettes ! C’est bô comme une chanson de François Valéry.

Oui mais les pauv’s bibliothécaires, comment ils font, eux ? Car malgré notre professionnalisme, nous restons des hommes et des femmes de chair et… de chair (cf La cage aux bibliothécaires). 

Hors période scolaire, c’est assez simple. Cachés derrière notre banque de prêt, notre ordinateur, notre démagnétiseur, notre douchette et la pile des BD, on examine discrètement… “Oh il est pas mal celui-là!” “non il lit Marc Levy…” “Mate quand même sa fiche lecteur, on sait jamais !”. Tout cela avec une conscience professionnelle exemplaire, bien sûr.

Oui mais au mois d’août, que faire quand le client usager se fait plus rare. Et ben on va sur Meetic. Il faudrait mener une enquête sur la proportion de bibliothécaires dans les inscriptions sur les sites de rencontre pendant ce mort mois d’août… Donc ne soyez pas étonnés si l’agent de votre médiathèque préférée ne daigne plus lever les yeux de son écran quand vous lui demander si votre Millénium est arrivé… Il tente de conquérir un nouveau public sur le net. C’est important de prendre à coeur le service public…