Gambit à la bibliothèque !
31 mai, 2009
Quoi de plus emmerdant ennuyeux me direz-vous que de s’inscrire dans une bibliothèque ? Euh à part assister à une réunion de 3 heures, pas grand chose. Et pourtant, c’est un mal nécessaire si vous voulez pouvoir emprunter tous les merveilleux documents, que dis-je, les trésors dont débordent cette institution sacrée.
Donc dans mon institution sacrée (je parle de ma bibliothèque, hein, n’allez pas chercher une connotation tendancieuse…), on demande aimablement à nos gentils lecteurs de nous présenter un justificatif de domicile de moins de trois mois, une pièce d’identité, un justificatif de situation pour les étudiants et pour les demandeurs d’emploi et une gentille petite cotisation… Un vrai bonheur qui saoule autant les lecteurs que les bibliothécaires.
Bref, un soir, cinq minutes avant la fermeture, un bon monsieur se pointe à ma banque de prêt et me demande d’emprunter trois bouquins. Je lui demande sa carte, il l’a pas. Je lui demande son nom, il est inconnu dans mon fichier. Il faut donc lui faire une carte. Pas méchante la fille, je lui dis OK, on peut la faire rapidement mais comme c’est une première inscription, j’ai besoin d’un justificatif de domicile de moins de trois mois. Oui mais voilà, le bon monsieur il en a pas. Le bon monsieur, il a juste de très belles cartes de visite spécifiant qu’il est professeur dans un lycée “prestigieux” du coin. C’est bien joli mais ça ne m’avance à rien.
Donc le bon monsieur, il commence à s’énerver. Il veut savoir pourquoi je veux avoir son relevé EDF si ce n’est pour savoir combien il gagne (je ne vois pas le rapport !), pour pouvoir le fliquer (oui je rêve toutes les nuits de savoir ce que font mes lecteurs grâce aux mystérieux renseignements que j’aurai récoltés dans leurs factures France Télécom) et pour pouvoir le faire chier, lui, le bon monsieur qui n’est pas n’importe qui puisqu’il est professeur dans un “prestigieux” lycée de la ville.
Alors petit conseil complètement débile pour tous les usagers des services publics : plus vous agressez le fonctionnaire c’est-à-dire l’être humain qui est en face de vous, moins il a de chances d’être conciliant. Car franchement, le bon monsieur m’aurait demandé aimablement s’il pouvait prendre les livres en échange d’une pièce d’identité et me les ramener le lendemain matin, je les lui aurai même mis dans un joli sac avec un beau sourire. Mais là… comment vous dire… euh… NON !
Et bien vous savez ce qu’il a fait le bon monsieur ? Il a commencé à me lancer à la figure ses belles cartes de visite, une par une. Des cartes qui précisaient bien sûr son statut social. A croire qu’il se prenait pour Gambit (cf les Xmen) sauf qu’il n’avait ni les beaux yeux rouges, ni le charme !
Alors bien sûr, une seule réaction possible face à cette attitude (hormis celle qui consiste à enfoncer mes doigts dans les narines du monsieur, de tirer sa tête sur la banque de prêt et de lui défoncer le crâne à coup de démagnétiseur) : partir éteindre les lumières en le laissant seul avec sa colère… Petit plaisir tout de même, voir ce bon monsieur très distingué se pencher avec beaucoup de peine au dessus de la banque de prêt en tentant désespérément de rattraper ces belles cartes de visite !
Besoin d’amour…
24 mai, 2009
Recevoir les classes de maternelle n’est pas toujours de tout repos.
N’importe quelle collègue de jeunesse pourrait vous le dire : les mômes c’est bien sympa mais bon…
C’est vrai quoi, ils nous envoient leurs miasmes à la tronche, ils vomissent dans les bacs, ils se coincent les doigts partout où il faut pas, ils ne rangent pas les livres (ouais même à 3 ans, on peut ranger un livre), ils pleurent-crient-rient-parlent…
Et souvent ils répondent à côté de nos questions. Exemple : “qui est déjà venu à la bibliothèque ?” “et ben moi avec mon tonton Albert et ma cousine Sidonie on est allés une fois au manège et mon tonton il a tout vomi ses frites par terre…”.
Mais je ne céderai ma place pour rien au monde et ce, pour une unique raison :
” – Tu ressembles à une princesse !
- Tes orteils, on dirait des bonbons à la fraise avec le vernis dessus… Je peux les toucher ?
- Tu es très belle…
- Tes yeux ont la couleur de la piscine !
- Est-ce que je peux t’embrasser ?
- Tu as de belles bagues… comme une sorcière… j’aime bien !
- Tu sens le parfum de ma maman…
- Tu as mis des collants ?
- Je t’aime Madame !”
ça fait du bien à mon égo !!!
A quoi sert une réunion de travail ?
17 mai, 2009
Ricco s’avançait vers moi avec sa démarche de félin, ses yeux noirs brûlants comme la lave d’un volcan, les muscles saillants que je devinai sans peine sous son tee-shirt mouillé par l’eau du fleuve dont il venait de sortir… D’un geste non étudié et si naturel, il secoua sa chevelure qui retrouva alors immédiatement son mouvement et sa sécheresse d’origine. Quand il se pencha sur moi, me tenant fermement mais avec beaucoup de délicatesse mes deux bras, je décidai de réduire à néant mes dernières résistantes et de céder à ce mâle aux lèvres charnelles et…
- Mademoiselle BG, s’il-vous-plaît, pourriez-vous enfin nous répondre ? Mademoiselle BG ??? MADEMOISELLE !!!
- Hein ?
- Nous voudrions avoir votre point de vue sur cette question ! Toutes vos collègues sont unanimes et pensent que cette option est la meilleure solution pour votre service mais en tant que coordinateur culturel, je me dois de veiller à ce que chaque membre de l’équipe puisse s’exprimer en toute sincérité !
Putain, impossible d’être tranquille, même en réunion ! Depuis quand je ne peux plus pieuter !!! Fais chier ce nouveau coordinateur de culture de mes deux… Vite trouve un truc intelligent à dire BG, un truc intelligent…
- Euh… Ben… Bien sûr que je rejoins à 100% la conviction de mes collègues. Cela va de soit ! Et je dirai même plus, qu’il en soit ainsi, amen !
- Très bien. Puisque vous êtes d’accord, je demande dès demain la rédaction de votre arrêté pour que vous soyez régisseur en chef et je prends note de votre motivation à reprendre à votre seule charge le problème du tri des périodiques depuis 1984 à nos jours qui pose tant de soucis à vos collègues. C’est un bel exemple que vous nous donnez là et je vois que vos collègues avaient tout à fait raison quand elles parlaient de votre sens inné du service !!!
Oh les salopes !!! J’y crois pas !!! Elles savent bien que je roupille pendant les réunions. Et elles profitent de cette légère faiblesse pour me coller les corvées !!! Je me suis fait avoir comme une bleue… C’est une honte !!! Et où est-ce que c’est écrit que je suis obligée de participer à ces réunions de travail hein ? à part dans mon profil de poste, je veux dire… Tout ceci est juste un énorme complot pour me pourrir la vie. Je hais les réunions…
Repose en paix, Gilbert…
10 mai, 2009
Un matin comme un autre, Christine débarque comme une furie dans le bureau, les deux mains plaquées sur le visage tel un Homer Simpson constatant qu’il n’y a plus de Duff dans son frigo :
“- Oh les filles, on n’a plus de Gilbert !”
La foule (enfin quatre bibliothécaires mais on est assez bruyants… surtout moi) répond en coeur :
“- Oh dis moi pas que c’est pas vrai !!!!”
S’ensuit une longue plainte traduisant une souffrance intense et atroce (Stephenie Meyer, je t’aime toujours tu sais !).
Alors pour les néophytes et les rares professionnels qui ne connaîtraient pas Gilbert, je vais faire les présentations. Gilbert est un petit flacon d’anti-adhésif qu’on utilise généralement pour retirer les pansements chez les êtres douillets, c’est-à-dire les hommes.
Bien sûr, dans ma bibliothèque, nous n’avons pas tous les jours à enlever des pansements sur nos corps athlétiques. Gilbert est bel et bien un compagnon de travail qui nous aide à retirer les saloperies d’étiquette de prix ou d’ISBN collées horriblement sur nos livres, les saloperies de vieilles côtes quand une nouvelle chef décide de changer tout le système de cotation ou d’enlever parfois du filmo dans les cheveux de Dédé quand celui-ci trouvait marrant de jouer à la momie avec le film collant… Les choses sont claires : Gilbert nous est indispensable.
OK, me direz-vous, pas de problème, rachète ton Gilbert, BG, et arrête de nous prendre la tête ! Oh mais que nenni, les choses ne sont pas si simples au pays des fonctionnaires. On décide d’organiser une réunion en urgence.
Trois semaines plus tard, réunion :
“Christine : – bon les filles, est-ce que vous avez des idées pour retrouver notre Gilbert !
Monique : – y a pas un moyen de passer ça dans un de nos marchés ?
Christine : – Ben non, aucun de nos prestataires ne fournit du Gilbert…
Albertine : – OK. Bon la régie d’avance, on en a plus… Faudrait peut-être en demander en mairie ou dans un autre service ?
Moi : – J’essaye de téléphoner à Dédé tout de suite. J’ai son numéro de portable parce que l’autre fois, il nous a envoyé des photos de ses fesses.
(Vous noterez au passage l’efficacité de votre BG, hein !)
Dédé (qui n’est pas à la réunion mais qui répond au téléphone si vous suivez toujours) : – Mmmallo ?
Moi : – Allo Dédé, c’est BG. Bon c’est hyper important. On a plus de Gilbert, Dédé, on est au bord du gouffre, Dédé. Est-ce que par hasard, mon cher Dédé, tu n’aurais pas un plan pour nous en choper en mairie, l’air de rien ? Aide-nous s’il-te-plaît, on a besoin de toi Dédé. Tu peux faire ça pour nous ?
Dédé : – allez-vous faire foutre bande de salopes !
Moi : – Ok, merci Dédé. Bon les filles, Dédé dit qu’il est dans l’incapacité de répondre à notre demande !
Albertine : – Putain on est mal…
Stagiaire Yolande : – Euh c’est peut-être une question bête mais votre flacon, ça coûte que 3 euros… Vous ne pourriez pas en acheter vous même !
Ouh la la la !!! Heureusement qu’Albertine était à côté d’elle. D’un geste leste et gracieux, elle décoche un coup de poing dans le pif de Stagiaire Yolande qui très vite pisse le sang. Non mais c’est vrai, y a des limites aux insultes quand même ! On est des bibliothécaires, on a de la DIGNITE, Madaaame !
Alors adieu Gilbert ! Pendant des mois, tu as su préserver nos petits ongles du grattage indélicat d’étiquettes. Ton odeur d’éther me manque déjà… Pour toi Gilbert… Ouiiiiinnnnn !!!
Comment être un bon stagiaire…
6 mai, 2009
Comme la plupart des bibliothèques, la mienne accueille chaque année son lot de stagiaires.
Alors je vais éviter de parler de ces petits êtres étranges que l’on appelle les élèves de 3ème. Souvent, la communication avec eux est pour ma part assez limitée. Déjà, je ne comprends pas forcément quand ils me parlent. Je pense qu’à cet âge, on doit souffrir d’une déformation faciale passagère qui influe sur notre façon d’articuler. Et puis, comme mon seul point commun avec eux est une consommation excessive de café et de cigarettes, je passe.
Ici je voudrai plutôt parler des stagiaires qui débarquent des DUT Métiers du livre, ceux qui sont en reconversion professionnelle ou encore ceux dont la tata a talqué les fesses d’un élu la semaine dernière quand il était petit… Alors si la plupart d’entre eux savent se comporter normalement, je voudrai quand même donner quelques petits conseils à tous les autres.
1/ éviter de parler de sujets sérieux le matin avant que les “collègues” aient bu leur café… Et pendant qu’on y est, éviter de me parler tout court le matin !
2/ éviter de rechigner à faire des tâches simples comme couvrir des livres, assurer des heures de prêt sous prétexte qu’on a autre chose à faire. Car attention je vais fournir un scoop énorme : faire du prêt et de l’équipement fait parti du travail dans une bib !!!!!!! Ah ouais je sais, c’est complètement dingue !
3/ éviter de demander plusieurs fois par jour aux bibliothécaires quinquas quand est-ce qu’ils vont se décider à partir à la retraite ! Non seulement c’est lourd et impoli mais en plus… c’est lourd et impoli !
4/ éviter de faire des remarques sur la façon de faire le travail. Certes il faut avoir un esprit critique et éveillé mais les petits commentaires soulignant les soi-disant faiblesses de l’équipe sont assez peu recommandées, surtout quand à plus de trente ans, ON NE S’EST JAMAIS SORTI LES DOIGTS DU CUL !!!
5/ penser à faire le café à toute l’équipe, se montrer obséquieux, rire à mes blagues et ne pas en faire, ramener des petits gâteaux de temps en temps et ne jamais, jamais, jamais me casser les couilles… Même si je n’en ai pas !
Bon alors évidemment, il n’aura échappé à personne que je me permets de légèrement me défouler dans ce billet et que bien sûr, toute ressemblance avec une personne existante n’est pas fortuite.
A part ça, stagiaires, je vous aime, surtout quand vous pensez à me donner une boîte de chocolat à la fin de votre stage… Parce que moi, on m’achète facilement !
BG is back
4 mai, 2009
Les issues sont limitées mais elles existent. Armée de mon seul courage, je rampe sur le sol tel un petit lézard agile et gracieux. Plus que 200 mètres et je serai à l’abri. Rien n’est perdu, il faut garder la foi, la foi en ma survie dans ce monde ô combien cruel…
Le plus dur est de rester invisible. J’essaye de me fondre dans le décor. Certes le lino bleu et les murs orange de la bibliothèque n’aident pas à me fondre dans le paysage.
Si près du but, je ne peux me permettre d’échouer. J’ai déjà tant donné. Combien de chewing-gums collés à mon joli pantalon imitation soie ? Combien de moutons accrochés à mon chemisier jadis d’un blanc immaculé ? et cette substance jaunâtre non identifiée et pourtant si odorante qui semble attaquer la surface de ma peau ??? Non je n’accepte pas tous ces sacrifices pour rien. Ils n’auront pas ma peau !
Ils ont déjà pris Sophie, ça devrait leur suffire ! Mais ces êtres sont assoiffés de sang, ils ne me lâcheront pas comme ça. J’entends leurs pas derrière moi. Heureusement, le bibliothécaire porte souvent des chaussures bon marché qui couinent sur le lino. Je peux donc parfaitement les localiser. Toujours ventre à terre, je me dirige avec la souplesse d’un mignon petit bébé guépard vers les étagères des 700.
Malencontreusement, mon épaule, déjà fragilisée par une terrible bagarre déclenchée lors d’une obscure formation au CNFPT “savoir gérer son stress dans son travail”, vient à heurter violemment un mur porteur. Celui-ci vibre légèrement mais mon épaule est déboîtée. Trouvant en moi la force d’un Mel Gibson des années 80, je prends le dernier Gavalda et le lâche plusieurs fois sur mon ossature. En serrant les dents, je continue mon périple.
Enfin je vois la lumière salvatrice ! Plus que 5 mètres et je pourrai me réfugier dans les toilettes publiques. J’y suis presque… Je peux tendre la main pour caresser la tuyauterie et commencer à rêver la tête posée sur la cuvette à …
- ça y est !!! j’ai trouvé BG ! Elle essayait de se planquer dans les chiottes…
- Putain tu fais chier BG, ça fait 20 minutes qu’on te cherche pour commencer la réunion ! Bouge ton corps et rapplique, tu vas pas y échapper !!!
Fais chier !!! Je me suis encore fait piéger. M’en fous, la prochaine fois je me fabrique une tenue de camouflage avec des plumes d’autruches…



