Eye of the Tiger

30 juin, 2009

Allez, on inspire, on expire… on inspire, on expire…

J’étire mes muscles un à un… Comme j’en ai deux, ça va assez vite.

Je fais craquer mes articulations cervicales.

Je vérifie une dernière fois dans la glace que je suis prête : jupe ample pour pouvoir fuir très vite si ça dégénère, vernis rouge pour impressionner l’adversaire, cheveux attachés en chignon pour laisser le moins de prise possible, khôl noir aux yeux pour me donner un air assuré…

Non je crois que je n’ai rien oublié.

On inspire, on expire… On inspire, on expire…

Monique arrive.

« – Comment sont-ils ?

– Durs… très durs… ça va pas être facile BG ! Courage, on est tous avec toi ! »

Rassemblant ce qui me reste de courage, je fonce d’un pas déterminé vers l’espace jeunesse où 20 gamins de huit ans hurlent mon nom… Raconter des histoires à des enfants surexcités qui ont juste envie de m’arroser avec leur pistolet à l’eau c’est comme demander une augmentation du budget de 2010 : c’est suicidaire.

Une heure plus tard, décoiffée, tremblante, dégoulinante de sueur, je sanglote sur mon innocence perdue : non, les enfants ne sont pas gentils, non ils n’aiment pas les livres, non je ne suis pas une bonne bibliothécaire… Snif snif…

Putain si je reprends celui qui a eu l’idée de fixer des rendez-vous aux scolaires juste avant les grandes vacances alors qu’il fait + 40 °C dans la bib… C’est moi ? Alors  je jure sur le « Métier du Bibliothécaire » qu’on ne m’y reprendra plus… Jusqu’à l’année prochaine !

Bla bla bla

20 juin, 2009

- Non mais vous vous rendez compte !!! ma propre soeur ! avec mon mari ! Ah non mais là j’en reprends pour 10 ans de séances chez mon psy, hein !

- Ah si vous saviez comme elle a souffert Madame… Ma mère ne méritait pas ça… Mourir comme ça, à 97 ans… Il n’y a plus de justice, il n’y a plus de médecine… Ah elle va mal la France !

- En fait, je pense que c’est la conjoncture actuelle qui ne m’aide pas… Je veux dire, toute cette crise économique, ces guerres, ces crimes… Non vraiment je suis bouleversé en ce moment et je crois que du coup, ben j’assume plus ma vie !

Vous savez, ce n’est pas moi, c’est Robert. Robert c’est mon mec qui en fait n’est plus vraiment mon mec puisque j’ai appris qu’il couchait avec Marco, mon meilleur copain. Je lui ai dit « Robert, tu as dépassé les limites Robert ! ». Le problème c’est qu’il dit que c’est la faute de Marco qui lui pense que c’est Cindy parce qu’elle aussi elle a couché avec Robert quand Marco est venu me dire pour lui et mon mec…

– Non mais c’est incroyable !!! Non mais pour qui vous vous prenez !!! On est dans une dictature c’est ça ? vous êtes le KGB ? Et bien non Madame, je ne céderai pas à votre odieux chantage, je m’en souviendrai Madame, je m’en souviendrai !!!

Oh je vous en prie, ne le dites à mes parents ! Déjà que j’ai bousillé l’ordi de mon père en voulant faire une expérience avec le fer à friser de ma mère et le canard vibrant de ma frangine…

C’est incroyable ce que les lecteurs peuvent nous raconter pour justifier le retard de leurs documents… Même au bout de 5 ans, je suis toujours autant bluffée…

Juste une petite parenthèse pour vous dire que cette semaine, l’ami Fred de la Fredzone fête ses deux ans de blog ! Quelques hommages lui sont donc rendus par ses fans, dont je fais partie. Même si je n’ai pas été encore convertie au « geekisme », je reste admiratrice du ton très très particulier de la Fredzone, de son ironie et surtout de ses allusions incessantes à sa vie de débauché !

Donc voici mon hommage à la Fredzone à retrouver sur son blog pour les commentaires très… très… instructifs !

Joyeux anniversaire la Fredzone !!!

Décidément, j’ai un problème avec les stages… A moins que ce ne soit les stages qui aient un problème avec moi…

Toujours est-il que j’ai eu la brillante idée de me faire enrôler inscrire dans un stage sur le savoir-bien-communiquer-avec-les-autres, sur le savoir-se-placer-dans-une-relation et sur le savoir-se-motiver-en toute-circonstance-même-quand-on-est-fonctionnaire. Alors oui, c’est vrai, je l’ai bien cherché… Et je l’ai bien trouvé.

Donc le stage reposait sur un concept intéressant : la visualisation. C’est-à-dire que vous mettez en scène votre problème (question-suggestion-etc.) avec votre petite personne et vous prenez des collègues-stagiaires pour vous aider.

Exemple : Corinne nous raconte qu’elle a un problème sa responsable qui lui donne toujours plus de travail sans aucune reconnaissance et tout cela dans un stress toujours croissant. Donc Corinne se met au centre de la pièce. Elle prend Nadège pour faire sa chef et on déroule une écharpe entre les deux pour symboliser leur relation… On VISUALISE donc la relation. Et puis Corinne va prendre des autres stagiaires pour symboliser sa rage, sa frustration et son envie… Toussa toussa et à la fin, miracle ! Corinne se rend compte qu’elle n’a pas verbalisé ses envies et ses besoins à sa chef et que donc celle-ci ignore totalement son ressenti… Vous me suivez ?

C’était vraiment très intéressant jusqu’au moment où se fut mon tour. Alors d’abord il a fallu que je trouve un problème… Je ne voulais pas parler de la disparition de Gilbert… Ni de ma passion dévorante pour Stephenie Meyer… Il fallait que je trouve un truc sérieux comme les collègues-stagiaires…

« – j’ai dû mal à réaliser que je suis cadre B… Et donc je crois que je souffre beaucoup-beaucoup !

Très bien, très bien… Tu te sens en souffrance par rapport à ton équipe ? ta hiérarchie ?

- Euh… bah tout le monde je crois…

- Très bien, prends une personne pour symboliser ton équipe, une personne pour représenter ta hiérarchie !

-Euh c’est difficile… Pour mon équipe je prends Nath… Et puis ma hiérarchie… Ben là faut vraiment que je prenne plusieurs personnes parce que entre la directrice, le coordinateur culturel, le chef de service, le chef de pôle, le DGA, le DG, le remplaçant du DG, le…

OK OK, très bien BG, prends une personne pour les cadres directs et ceux indirects… Si tu préfères une pour ta directrice et une pour les autres !

– Euh… Micheline pour ma directrice et Fabrice pour les autres.

Très bien. Symbolise ta relation ces personnes avec une écharpe.

– Ben c’est-à-dire qu’il me faudrait plusieurs écharpes parce que tout d’abord dans l’équipe, y a une scission rapport au fait que Dédé a écrit sur le tableau d’entrée que Marco avait une petite bite. Alors bien sûr Marco il l’a mal pris et il est soutenu par Agnès et Raymonde… Alors que les autres trouvent ça plutôt rigolo ! Tout comme moi. Et puis pour Fabrice, ben pareil, le coordinateur il est fâché avec le directeur du cabinet parce qu’ils ont eu une aventure mais que maintenant le coordinateur, il veut se maquer avec la femme du DG… qui est pas trop d’accord d’ailleurs. Le DG, hein, pas sa femme. Alors c’est sûr aussi que la directrice est partie en cure de désintoxication parce que son fils qui travaille à la voirie lui a appris qu’il savait que son vrai père était le chef de service des sports… Donc en fait mon chef direct actuel est potentiellement le coordinateur mais comme il a des soucis avec…

Stop !!! BG, c’est n’importe quoi, tu ne joues pas le jeu BG, tu fais preuve de mauvais esprit BG ! BG TU SORS !!!

M’enfin ! C’est pourtant vrai ce que je dis………….

La chaleur est écrasante. Des gouttes de sueur dégoulinent sur le front de la bibliothécaire. Sa peau colle sur son siège en plastique imitation… imitation d’une matière dont nul ne connaît le nom… Ses paupières sont lourdes, enfin plus lourdes que d’habitude. Ses gestes sont lents, sa voix presque éteinte et pourtant elle s’accroche la bibliothécaire. Elle s’accroche à l’idée que bientôt, c’est Monique qui va venir la remplacer et qu’elle pourra enfin quitter l’accueil et retrouver la moiteur de son bureau, cataloguer ses bouquins à moitié nue (mais oui, tout à fait, TOUS les bibliothécaires sont NUS quand ils sont dans leur bureau !!!).

Quand tout à coup (j’aime bien dire « quand tout à coup » mais c’est vrai qu’on a pas tous les jours l’occasion de le placer… C’est dommage je trouve)… Donc quand tout à coup, un lecteur arrive. La bibliothécaire sent qu’il veut emprunter des documents. C’est son expérience, que dis-je, son sens inné de l’humain qui le lui dit. ça et le fait que le lecteur porte péniblement 10 bouquins avec sa carte d’abonné entre les dents.

Dans un fracas assourdissant, le lecteur laisse tomber ses livres sur la banque de prêt. Il souffle, il gémit… C’est sûr, il regrette d’avoir pris ces bouquins d’art de 1500 pages chacun mais il ne peut pas perdre la face.

Le problème, c’est que le lecteur, pauvre inconscient qu’il est, a laissé choir (« choir » non plus, je ne l’utilise pas souvent… Mais comme j’ai un cheveu sur la langue, ceci explique peut-être cela !) ses documents du côté « retour » du bureau. Alors là pour les pauvres néophytes, je m’explicite un peu. Souvent dans les bibliothèques, la fonction « prêt » (là où on emprunte des livres avec sa petite carte) et la fonction « retour » sont clairement indiquées et séparées.

Mais notre bibliothécaire n’a pas de chance, dans sa structure, les deux fonctions sont rassemblées sur un même et seul bureau et séparées seulement par une ligne imaginaire symbolisée par deux minables pancartes. La bibliothécaire le sait. Donc d’habitude, elle est gentille avec les lecteurs qui ne poseraient pas leurs livres au bon endroit. D’habitude, elle lèverait son postérieur de sa chaise, elle se déplacerait latéralement de 80 cm, elle prendrait l’offrande, la soulèverait et courageusement, prendrait le chemin inverse pour enregistrer les livres et tout cela avec un sourire qui cache son désarroi à savoir « ils sont cons ces lecteurs, peuvent pas lire une pancarte ! ».

ça pourrait se passer comme ça mais aujourd’hui, la bibliothécaire a chaud, la bibliothécaire en a marre, la bibliothécaire rentre en résistance.

Tout d’abord, elle reste les yeux rivés sur son ordinateur (elle regarde les derniers dessins de Gally). Malheureusement le lecteur tousse. C’est le signal, alors elle relève la tête, sourit et dit « bonjour ». Rien de plus…

La lutte est engagée : le lecteur pousse du doigt ses livres, la bibliothécaire s’enfonce un peu plus sur sa chaise. le lecteur pose sa carte sur le tas de livres et tapote avec ses doigts nerveusement sur la banque de prêt. Le bruit résonne dans la tête de la bibliothécaire. Le lecteur racle maintenant sa gorge. Il n’en peut plus. La rage le guette !

 » – Oui c’est pourquoi ?demande la bibliothécaire.

– C’est pour emprunter (sur le ton « ça se voit pas connasse ! »)

– c’est bien ICI… »

Le lecteur comprend la provocation. Un duel s’engage ! La bibliothécaire fait ses yeux de poissons morts (oui j’aime cette attaque). Le lecteur prend l’air hautain de Docteur D’Enfer (cf Austin Power).

Pauvre inconscient qu’il est… Il a oublié quelque chose : la bibliothécaire a tout son temps ! Du moins jusqu’à la relève de Monique. Au bout de trois longues, très longues minutes, le lecteur craque pousse ses lourds livres vers l’ordinateur de notre bibliothécaire. Celle-ci sourit, forte de cette grandiose victoire qui illumine sa journée.

Aahhhh quel beau métier tout de même !