Un matin comme un autre, Christine débarque comme une furie dans le bureau, les deux mains plaquées sur le visage tel un Homer Simpson constatant qu’il n’y a plus de Duff dans son frigo :

“- Oh les filles, on n’a plus de Gilbert !”

La foule (enfin quatre bibliothécaires mais on est assez bruyants… surtout moi) répond en coeur :

“- Oh dis moi pas que c’est pas vrai !!!!”

S’ensuit une longue plainte traduisant une souffrance intense et atroce (Stephenie Meyer, je t’aime toujours tu sais !).

Alors pour les néophytes et les rares professionnels qui ne connaîtraient pas Gilbert, je vais faire les présentations. Gilbert est un petit flacon d’anti-adhésif qu’on utilise généralement pour retirer les pansements chez les êtres douillets, c’est-à-dire les hommes.

Bien sûr, dans ma bibliothèque, nous n’avons pas tous les jours à enlever des pansements sur nos corps athlétiques. Gilbert est bel et bien un compagnon de travail qui nous aide à retirer les saloperies d’étiquette de prix ou d’ISBN collées horriblement sur nos livres, les saloperies de vieilles côtes quand une nouvelle chef décide de changer tout le système de cotation ou d’enlever parfois du filmo dans les cheveux de Dédé quand celui-ci trouvait marrant de jouer à la momie avec le film collant… Les choses sont claires : Gilbert nous est indispensable.

OK, me direz-vous, pas de problème, rachète ton Gilbert, BG, et arrête de nous prendre la tête ! Oh mais que nenni, les choses ne sont pas si simples au pays des fonctionnaires. On décide d’organiser une réunion en urgence.

Trois semaines plus tard, réunion :

Christine : – bon les filles, est-ce que vous avez des idées pour retrouver notre Gilbert !

Monique : – y a pas un moyen de passer ça dans un de nos marchés ?

Christine : – Ben non, aucun de nos prestataires ne fournit du Gilbert…

Albertine : – OK. Bon la régie d’avance, on en a plus… Faudrait peut-être en demander en mairie ou dans un autre service ?

Moi : – J’essaye de téléphoner à Dédé tout de suite. J’ai son numéro de portable parce que l’autre fois, il nous a envoyé des photos de ses fesses.

(Vous noterez au passage l’efficacité de votre BG, hein !)

Dédé (qui n’est pas à la réunion mais qui répond au téléphone si vous suivez toujours) : – Mmmallo ?

Moi : – Allo Dédé, c’est BG. Bon c’est hyper important. On a plus de Gilbert, Dédé, on est au bord du gouffre, Dédé. Est-ce que par hasard, mon cher Dédé, tu n’aurais pas un plan pour nous en choper en mairie, l’air de rien ? Aide-nous s’il-te-plaît, on a besoin de toi Dédé. Tu peux faire ça pour nous ?

Dédé : – allez-vous faire foutre bande de salopes !

Moi : – Ok, merci Dédé. Bon les filles, Dédé dit qu’il est dans l’incapacité de répondre à notre demande !

Albertine : – Putain on est mal…

Stagiaire Yolande : – Euh c’est peut-être une question bête mais votre flacon, ça coûte que 3 euros… Vous ne pourriez pas en acheter vous même !

Ouh la la la !!! Heureusement qu’Albertine était à côté d’elle. D’un geste leste et gracieux, elle décoche un coup de poing dans le pif de Stagiaire Yolande qui très vite pisse le sang. Non mais c’est vrai, y a des limites aux insultes quand même ! On est des bibliothécaires, on a de la DIGNITE, Madaaame !

Alors adieu Gilbert ! Pendant des mois, tu as su préserver nos petits ongles du grattage indélicat d’étiquettes. Ton odeur d’éther me manque déjà… Pour toi Gilbert… Ouiiiiinnnnn !!!

Le pot de mes rêves…

7 novembre, 2008

Voilà un moment qu’on aime tous dans le monde du travail : les pots ! Que ce soit pour fêter la naissance du petit dernier, le mariage de Robert, l’anniversaire de Monique ou l’avancement de Ginette, il y a toujours une raison valable pour lever son verre.

Ce midi, je me suis donc lancée, les amis : j’ai organisé MON POT (rapport au concours, vous savez bien). J’étais toute contente, j’avais ramené 4 bouteilles de Champ’ (pour 11 personnes, ça me semblait raisonnable), les collègues avaient apporté des pizzas, des quiches, des biscuits apéro, des desserts, les gens étaient d’humeur joviale, il y avait 3 hommes pour 8 femmes… Bref toutes les conditions étaient réunies…

Et pourtant ce fut le drame : aucun accrochage, aucun crêpage de chignon, aucun vomi à nettoyer… Oh je suis déçue, déçue… C’était pourtant pas compliqué de me faire plaisir. Si seulement ils avaient tous bu ! mais non, ça joue les raisonnables “ah bah non BG, on travaille après !”, “ah bah non BG, je conduis, faut faire attention !”,  ”mais arrête BG, tu sais bien que je suis enceinte !” ou “voyons BG, tu sais bien que je suis une alcoolique repentie !”. Mais nom de nom, c’est quoi ces lavettes !!! C’était pas un pot ça, c’était un déjeuner chez le Club Dorothée ! Et encore… parce que je suis sûre que Corbier, dans sa barbe, il ramassait pas que des miettes… j’me comprends…

Moi dans mes rêves (et je vous dis ça avec la lèvre inférieure qui tressaute, avec les yeux du chat de Shrek, avec le sanglot dans la voix), Albertine allait monter sur la table pour faire une démonstration de French cancan à Dédé qui aurait pris des photos pour le site de la mairie ! Dans mes rêves, Ginette allait enfin hurler “oui j’ai 52 ans, je suis encore vierge mais je ne compte pas le rester toute ma vie, avis aux amateurs !” et Grand Manitou aurait alors vomi ses bretzels sur Pascaline ! Dans mes rêves, Mutine aurait écrasé la tête de la directrice dans sa quiche lorraine en murmurant “je les fuck tes évaluations, je les fuck et je te fuck aussi !”. Dans mes rêves Sylvette aurait expliqué à Ginette comment trouver un  homme puis l’aurait regardée de haut en bas et lui aurait dit “tiens, prends 20 euros et achète-toi un bâton massant à la Redoute…”. Dans mes rêves, je serai moi aussi montée sur la table, j’aurai levé bien haut mon verre et j’aurai fait un discours…

Un discours sorti de mon coeur, un discours qui marque, un discours profond du genre :

- Ben toi t’es gros, et pis toi t’es moche. Toi j’t'aime pas, toi tu pues-tu pues-tu pues, toi t’es ma copine et toi, t’es qu’une pute !

- M’enfin BG, c’est moi Dédé, ton pote de la repro !!!

- M’en fous, t’es une pute quand même !

Et puis je me serai évanouie sur la table, dans mon propre vomi, et Sylvette m’aurait tenu la tête pour pas que je m’étouffe… Voilà, c’était pourtant simple de me faire plaisir !!! M’en fous, je viens de m’envoyer à moi toute seule mes trois bouteilles de Champ’ restantes… Et je les merde tous !