Moment important dans la vie de tout fonctionnaire : l’évaluation. Elle revient chaque année sous la forme d’un entretien avec le chef de service qui note vos points forts, vos points faibles, vos points à améliorer et vous donne une note. Le chef détermine ainsi votre valeur professionnelle, vos connaissances professionnelles, vos méthodes d’organisation professionnelle… Cela étant dit, à quoi sert réellement l’évaluation ?… Sincèrement ??? ben je ne sais pas…

Mais je peux émettre quelques hypothèses.

1/ l’évaluation permet au fonctionnaire de faire un bilan de son travail et permet à son chef de motiver son agent, de l’appuyer dans ses objectifs… Nan je déconne ! ça se saurait depuis longtemps si l’évaluation du fonctionnaire servait à quelque chose de constructif ! Donc je recommence.

1bis/ l’évaluation du fonctionnaire lui permet… de voir si son chef après son déjeuner avec Marco de la voirie et Lulu du service compta est encore capable de faire des croix dans les cases. Et je vous assure que c’est loin d’être évident !

2/ l’évaluation du fonctionnaire permet de voir si on est toujours le chouchou du chef. S’il vous fait votre évaluation tout en jouant à sa réussite sur l’ordi et en répondant aux textos coquins de sa poule… Mmmm, c’est pas super, super, super bon signe. Par contre, si les yeux pleins de larmes, il vous baise les mains  et rend grâce au seigneur d’avoir quelqu’un de votre trempe dans son équipe… alors là oui, c’est mieux.

3/ l’évaluation est un moment de convivialité… bon là, c’et vrai uniquement quand le chef vient de recevoir la dernière cuvée du cidre frelaté de Dédé de la repro et qu’il partage avec vous une lampée de ce breuvage à 40° (j’ai bien “frelaté” le cidre).

4/ l’évaluation permet… non vraiment je ne sais pas à quoi sert l’évaluation annuelle du fonctionnaire. Toujours est-il que le résultat est toujours le même :

- Monique, ton travail, c’est de la merde ! Tu connais toujours pas ton alphabet ce qui devient problématique pour le rangement, tu dis au lecteur d’aller faire un tour à la Fnac s’il veut trouver son bouquin, tu fais pleurer les enfants, tu fais peur aux vieux, et puis tu sens mauvais Monique, tu sens mauvais !!! Bon je t’augmente quand même ta note de 0,10 parce que sinon faudra que je fasse un rapport pour expliciter ma mauvaise note… Et ça me saoule grave, Monique. 

ou

- Monique, tu es merveilleuse, Monique. Tu es le pilier de mon équipe, tu sais tout faire Monique. Sans toi je ne suis rien, sans toi l’établissement court à sa perte Monique. Monique ne nous quitte pas, je t’aime. Bon je t’augmente ta note de 0,10, pour pas faire de vague hein ! mais on sait toi et moi que tu vaux beaucoup plus… Et ça, c’est le principal Monique !

Vivement l’année prochaine que je me fasse encore évaluer !

Car oui, c’est bien beau d’avoir son concours d’assistant qualifié, encore faut-il trouver un poste avec ce nouveau grade. On ne le répètera jamais assez, dans la fonction publique territoriale, ce n’est pas parce que nous réussissons un concours que nous avons un poste. Nous devons trouver par nous-mêmes à grand renfort de CV, d’entretiens (de copinage, oups !) l’emploi de nos rêves, contrairement à nos cousins éloignés de la fonction publique d’Etat.

Dans mon cas, comme je suis déjà dans une collectivité, j’aimerai pouvoir y rester, mais dans mon nouveau grade. C’est là que ça commence à devenir marrant : mon patron n’est pas du tout obligé de me garder. Il doit créer un poste tout neuf rien que pour ma pomme. Pour cela, je dois faire une lettre officielle pour demander ma nomination… Et ça me saoule ! Donc je vais vous soumettre différentes formules, vous me direz laquelle a le plus de chance de faire aboutir ma demande.

1/ Monsieur le Maire, suite à ma réussite au concours d’assistant qualifié, je vous supplie de me donner un poste, parce que sinon je vais mourir parce que je souffre d’une maladie très rare qui risque de se développer rapidement si je n’ai pas un poste dans ma bibliothèque à moi. D’ailleurs je commence à avoir des plaques purulentes, des abcès suintants et des croutes jaunâtres sur tout le corps. Je souffre tellement, oh Monsieur le Maire ! Nominez-moi, nominez-moi ! Sivouplé Môsieur, sivouplé !

2/ Monsieur le Maire, suite à ma réussite au concours d’assistant qualifié, je souhaiterai obtenir un poste à ce grade dans ma bibliothèque. Pour vous convaincre de ma motivation, j’aimerai m’entretenir avec vous pour que nous puissions ensemble visionner une vidéo concernant un de vos sosies avec une certaine Cindy La Gourmande, qui ressemble comme deux gouttes d’eau à votre assistante Valérie…

3/ Monsieur le Maire, suite à ma réussite au concours d’assistant qualifié (…). Pour vous montrer à quel point je prends à coeur mes futures responsabilités, je m’engage à vous fournir des témoignages écrits et détaillés sur les moeurs dépravés de mes collègues en vue de leur “reclassement”. D’ailleurs, j’ai déjà récolté quelques preuves matérielles comme les nombreux sous-vêtements masculins sous le bureau d’Albertine (ferait-elle de la vente clandestine ? en tout cas elle a un stock très important et très diversifié) ou les photographies coquines que Mamie D. prises dans les réserves de la bibliothèque…

4/ Monsieur le Maire, suite à ma réussite au concours d’assistant qualifié (…). Non mais en fait, mon pote, tu fais comme tu le sens, hein. Si tu veux bien, c’est cool, si tu veux pas… bah tu veux pas, hein…

5/ Monsieur le Maire, suite à ma réussite au concours d’assistant qualifié (…). En cas de refus de votre part, je tiens à vous signaler que je mettrai publiquement fin à mes jours au sein même de la bibliothèque, aux horaires d’ouverture au public, que je choisirai une mort spectaculaire (écrasée par une étagère, assommée par un démagnétiseur, étranglée par le cordon du jogging de Ginette) qui traumatisera à vie tous mes collègues et tous mes lecteurs….

Je vous prie d’agréer, Monsieur le Maire l’expression de mes salutations distinguées,

Personnellement, je pense que la formule 2 serait la plus appropriée pour obtenir ma nomination. D’ailleurs, je garde quelques copies en réserve… si ça vous intéresse ;)

On ne le dira jamais assez mais dans la vie, c’est important de communiquer ! Et ça l’est d’autant plus sur notre lieu de travail. Il faut partager, échanger, mutualiser pour former une équipe épanouie, une équipe sereine, une équipe qui gagne…

Bon, là je répète le discours martelé diffusé par mes chefs. A priori, moi j’ai rien contre cette GRANDE communication interne mais il y a des fois où j’ai juste envie de hurler un énorme “Put…” en découvrant un énième mail “informatif”. Parce que maintenant, le moindre petit événement sans importance est relayé une bonne vingtaine de fois.

Aujourd’hui quand j’ouvre ma boîte mail pro, j’y apprends que Natacha du service compta (c’est qui Natacha ?) vient d’accoucher du petit Maurice 5,8kg et que tous les deux se portent bien et ne sont que bonheur (ça m’étonnerait, on ne peut pas être “que bonheur” quand on vient d’expulser de son corps 5,8kg en une fois…), que le DG réclame un peu plus de civisme sur la consommation de papier alors que sa secrétaire demande de vite passer les commandes de ramettes parce qu’il reste encore pleins de sous dans la caisse, que Cindy de l’urba (mais c’est qui Cindy ?) veut refiler ses deux places de cinéma et qu’on peut seulement la contacter de 10h à 12h sur le poste de sa collègue Armelle parce que le sien est en panne, que la directrice culturelle veut en urgence toutes les prévisions budgétaires, que Dédé de la repro envoie ses dernières vidéos intitulées “les blondes et leurs minous” (pourquoi on ne s’intéresse jamais aux relations des brunes avec leur animal domestique ?) et que la mort dans l’âme, l’Etat civil fait une quête pour la mémoire de Monique disparue prématurément à 96 ans mais qui reste toujours présente dans nos coeurs… Mais enfin, c’était qui Monique ?

Bref, à la limite tout cela je m’en fous un peu parce que pour dire la vérité, je fais comme tout le monde, je ne lis pas mes messages, je les supprime directement.

Ce qui m’embête le plus dans cette grande mascarade de la communication interne, c’est quand on me demande à moi de mieux communiquer sur mon travail. En gros, de faire ch… tout le monde… Donc quand je bosserai par exemple sur ma gestion de planning, il faudra en théorie que j’informe par mail ma responsable (même si son bureau est à côté du mien), copie à la directrice, copie à la coordinatrice, copie au directeur des affaires culturelles, copie au DG, copie à la secrétaire du DG, copie à la directrice des ressources humaines, copie à l’assistante des ressources humaines sans oublier de faire une copie à l’ensemble de mes collègues pour que tous ensemble nous ne parlions que  d’une seule voix…

Donc comment vous dire… j’ai juste envie de m’exprimer par un simple FUCK !!! Mais étant d’un naturel docile et conciliant, je ne manquerai pas la prochaine fois qu’il faudra changer le rouleau de PQ dans les toilettes, d’envoyer un mail informatif à ma responsable, copie à la directrice, copie à la coordinatrice, copie au directeur des affaires culturelles, etc.

Non mais !