Mon bô concours !

8 septembre, 2008

« - De toute façon, c’est débile ce concours !

- Ouais, grave…

- Je veux dire, ça n’a rien à voir avec nos compétences professionnelles ! Nos vraies compétences, celles acquises sur le terrain, au contact du public et de la dure réalité !!!

- Ah ouais, c’est complètement vrai ce que tu dis !

- En plus c’est ridicule, vu le nombre d’inscrits pour le nombre de postes… Je veux dire que ce sont seulement les bêtes à concours qui vont l’avoir, les mecs qui font que ça, toute l’année et qui en ont rien à foutre de notre métier !!!

- Pire même !

- Nan mais de toute façon, ce système est complètement dépassé… Je vais te dire, si on a pas réussi l’écrit, c’est juste que nos esprits ne sont pas assez conformistes ! et ça, c’est pas si mal !!!

- Ah ouais, j’adhère total !

- Bon à trois, on regarde les résultats sur le site du CNFPT… UN… DEUX… TROIS…

- …

- …

- …

- Oh putain, je l’ai ! Oh putain, tu l’as !!! OUAHOUUUUU !!! C’est merveilleux ! c’est de la bombe de balle ! J’y crois pas comment c’est bon !!! Oh nom de nom, j’écrase une larme, tiens… C’est intense ce qu’on vit là, faut profiter !!!

- …

- …

- …

- Ouais enfin pour l’oral, c’est mort, hein. Parce que j’ai entendu dire qu’ils te posaient des questions juste pour te faire sortir de tes gonds et voir comment tu réagis au stress. C’est complètement foireux, laisse tomber… On a aucune chance…

- Ah ouais c’est clair… Tu révises quand même ?

- à mort… »

Y a des jours…

6 septembre, 2008

« Y a des jours comme ça où tout ne va pas pour le mieux,
Y a des jours où tout part en couille, tout coule… »
(NTM La fièvre)

Y a des jours comme ça…

Y a des jours où ça démarre mal, dès la pause café de 10h parce qu’il y a plus de café. Et perso, sans ma dose minimale de caféine dans le sang, je me transforme en une version féminine de Vin Diesel : je ne parle plus, je grogne !

Y a des jours où vous réalisez  que le rangement matinal des livres s’annonce mal : une bande de nains maléfiques s’est amusée à les sortir de leurs confortables étagères pour en faire des piles dignes de la tour de Babel un peu partout par terre…

Y a des jours où les enfants que vous recevez pour une heure de lecture sont si insupportables que vous pestez intérieurement sur l’inexistence du contrôle de natalité dans ce pays !

Y a des jours où vous vous demandez pourquoi votre collègue amatrice d’ail a choisi de squatter à côté de vous, alors que de toute évidence elle vient de faire un marathon ou de l’équitation, qu’elle n’a pas pris de douche et qu’en plus, elle a dû s’asperger avec un truc genre bombe de toilettes senteur des îles… 

Y a des jours où le manque de considération pour votre travail de la part de vos supérieurs hiérarchiques vous donne envie de louer un Hummer customisé façon Mad Max et d’aller rouler avec application sur leurs petites voitures de fonction…

Y a des jours où vous ressentez vraiment que vous seriez une parfaite caissière à Carouf : « bonjour Madame, ça vous fera donc 5 livres pour trois semaines, vous voulez un ticket ?, je vous remercie, à très bientôt Madame ».

Y a des jours où apparaît derrière votre banque de prêt, une petite fille toute rougissante qui vous dit d’une voix fluette « j’ai beaucoup aimé le livre de Yak Rivais que vous nous avez lu ce matin… Je voudrai savoir si vous auriez un autre livre, tout pareil, à me prêter parce que j’ai beaucoup… enfin c’était drôlement rigolo ! ».

Alors il y a des jours comme ça où je me dis que finalement, j’aime bien ce boulot…

Comment reconnaître un vrai bibliothécaire d’un simple fonctionnaire ?

Je veux dire, parfois vous pouvez être leurré à l’insu de votre plein gré par une charmante damoiselle à lunettes au prêt. Vous croyez avoir à faire à une vraie professionnelle et en fait elle fait un remplacement parce qu’elle est enceinte et ne peut plus dresser des contraventions, parce qu’elle s’est découverte une phobie des calculatrices dans son service compta ou parce qu’elle a une allergie au produit détergent ce qui est embêtant quand on est agent d’entretien. Oui, il arrive souvent que la bibliothèque soit un refuge professionnel… Hum, hum…

Où en étais-je ? Ah oui, reconnaître un vrai bibliothécaire, professionnel, passionné. Je peux facilement en parler parce que j’en ai moi-même deux beaux spécimens chez moi. Certes, ils ne sont plus de la première fraîcheur mais je pense que leur longue, longue, très longue expérience contribue à leur conférer une aura professionnelle indéniable.

Donc comment reconnaître un vrai bibliothécaire :

  1. ils sont bien équipés : ils ont appris à garder soigneusement leurs fournitures. Contrairement à moi, ils ne se font jamais piquer leur stylo ou leur gomme. Ou alors ils planquent un stock avec des tiroirs à double-fond… C’est encore un mystère pour moi !
  2. à leur agenda-planning-calendrier : les jours entourés-surlignés-colorés sont les jours de congé-RTT-fractionnement-récupération.
  3. ils disent qu’ils s’en foutent de leur bibliothèque, que maintenant tout a changé, que le vrai métier de bibliothécaire a disparu et qu’ils n’aspirent plus qu’à une retraite bien méritée. En vérité, ce sont toujours les premiers à défendre le service public, à monter au créneau pour la survie de leur bébé et pousser les « petits jeunes » pour qu’ils gardent la flamme. Mais ça bien sûr, ça ne se dit pas ! Chuuut, le vrai bibliothécaire fait semblant de détester son travail. Tout le monde le sait mais aux risques de représailles physiques, on fait comme si !
  4. ils n’aiment pas parler boulot sérieusement… ou alors pas trop longtemps ! Sinon ça voudrait dire qu’on se prend au sérieux et un vrai bibliothécaire ne se prend jamais au sérieux. J’évite toujours de dire que je respecte la qualité de leur travail parce que sinon je risque de me prendre au mieux une agrafeuse dans l’œil. Par contre, si je veux parler de l’importance des téléphones à grosses touches pour les personnes du troisième âge ou de l’importance du golf dans la vie de Frémont de Plus Belle la Vie, là oui… je suis toujours la bienvenue.

Bon, il y aurait encore beaucoup à dire et cela fera sûrement l’objet d’un article complémentaire !

Les risques du métier

17 août, 2008

Les gens ne se rendent pas compte à quel point nous risquons notre vie, nous les bibliothécaires !

Certes, vous allez me dire qu’il y a des métiers mille fois plus dangereux comme être pompier, policier, mercenaire ou équipier chez Mac Do et vous aurez sans doute raison quoique pas totalement… (suis pas sûre d’être très claire là ???). Les risques liés à notre profession sont nombreux et pourtant méconnus.

Petit panorama rapide :

- se prendre Les Semailles et les moissons 510 pages tombé du haut de l’étagère sur la tête, entraînant notre chute sur la photocopieuse publique restée ouverte et dont le couvercle se referme méchamment sur nos petits doigts alors que notre nez rencontre avec une certaine passion le monnayeur qui grâce à notre geste se débloque enfin.

- se coller une mèche de cheveux sur un papier de filmo (papier plastifié adhésif) ; se couper un morceau de doigt en prenant un cutter pour sacrifier cette mèche collée au filmo ; se casser l’ongle du pied en prenant le cutter rangé dans un tiroir qui ne tient plus dans son caisson et qui aime à s’écraser ausol, si possible en vous faisant du mal ; s’électrocuter en balançant le fameux tiroir dans l’écran de l’ordinateur qui manifeste son désaccord en produisant tout un petit tas d’étincelles.

- affronter quotidiennement les microbes et germes en tout genre que nos gentils usagers laissent derrière eux : non le bibliothécaire n’est pas en arrêt maladie, il lutte juste contre la dernière attaque bactériologique lancée par le petit Thomas et son vomissement impromptu pendant l’heure du conte !

- se sentir terriblement seul quand un lecteur vous dit que ça sent mauvais chez vous (là vous pouvez pas le contredire mais je l’ai déjà expliqué), qu’il y a des ondes négatives (oui peut-être) et qu’il se met à crier en faisant un pas en avant, puis un pas en arrière pour voir si la qualité de l’écho est également à déplorer (maman j’ai peur !).

C’est décidé, demain je m’inscris chez les paras…

Il paraît que notre profession est en pleine crise d’identité. Avec des questions aussi troublantes que : « sommes-nous entrés dans une période de profonds bouleversements ? », « sommes-nous des animateurs sociaux, des acteurs culturels ou des passeurs ? » ou « le livre va-t-il mourir nous condamnant à une mort lente et pénible ? ». Enfin bref, tout un tas d’interrogations qui a particulièrement pris la tête aux candidats des concours d’assistant qualifié (spéciale dédicace à mes collègues de formation) et de bibliothécaire.

Pourtant, sur le terrain, on voit bien que notre rôle est essentiel à la vie de la société. Pour preuve, cette petite anecdote prise au hasard (bien sûr) : j’assurais le prêt avec ma bien-aimée chef (oui je fais un peu ma lèche-cul au cas où… c’est humain, hein), femme brillante, avec des diplômes, une expérience professionnelle reconnue. Soudain Popol vient à la banque de prêt avec un terrible problème à nous exposer.

Avant tout, petite présentation rapide de Popol : Popol est un usager assidu, qui fréquente exclusivement notre bibliothèque pour son espace multimédia et son imprimante. Popol imprime avec frénésie tout ce qui le passionne : la liste des drapeaux dans le monde, la liste des autoroutes de France ou la liste des noms des gynécologues de la ville. Il prend ce travail à coeur et garde précieusement tous ces feuillets (10 c la page) dans des classeurs.

En ce moment, Popol s’intéresse à Claude François, sa vie, ses photos, sa discographie et depuis peu, les paroles des chansons. Et bien l’air de rien, ça fait un sacré paquet de feuilles ! Grâce à Popol j’ai pu me rendre compte de la richesse de la production musicale de Cloclo !

Mais revenons au problème que Popol est venu nous exposer. Avec son accent si particulier, Popol nous demande : « A problème. A tiré 350 papiers sur Gloglo et a veut mettre dans mon classeur. Car a pas de livre sur Gloglo avec toutes ses chansons ! Mais classeur à moi, peut pas mettre 350 papiers, peut seulement mettre 200. Qu’est-ce qui peut faire ?« . Alors là, c’est les yeux pleins de larmes et en proie à une effroyable crise de doutes (que certains auraient pu prendre pour une crise de fou rire…) que je me retourne vers ma chef adorée qui d’un geste sûr montre les deux doigts de sa main à Popol : « Deux… il faut que vous achetiez un autre classeur pour en avoir deux... »

Voilà, soulagement de Popol qui vient enfin de trouver une solution et pour notre part, sentiment d’un travail parfaitement accompli. Oui, le métier de bibliothécaire a de l’avenir !