Y a des jours…
6 septembre, 2008
“Y a des jours comme ça où tout ne va pas pour le mieux,
Y a des jours où tout part en couille, tout coule…” (NTM La fièvre)
Y a des jours comme ça…
Y a des jours où ça démarre mal, dès la pause café de 10h parce qu’il y a plus de café. Et perso, sans ma dose minimale de caféine dans le sang, je me transforme en une version féminine de Vin Diesel : je ne parle plus, je grogne !
Y a des jours où vous réalisez que le rangement matinal des livres s’annonce mal : une bande de nains maléfiques s’est amusée à les sortir de leurs confortables étagères pour en faire des piles dignes de la tour de Babel un peu partout par terre…
Y a des jours où les enfants que vous recevez pour une heure de lecture sont si insupportables que vous pestez intérieurement sur l’inexistence du contrôle de natalité dans ce pays !
Y a des jours où vous vous demandez pourquoi votre collègue amatrice d’ail a choisi de squatter à côté de vous, alors que de toute évidence elle vient de faire un marathon ou de l’équitation, qu’elle n’a pas pris de douche et qu’en plus, elle a dû s’asperger avec un truc genre bombe de toilettes senteur des îles…
Y a des jours où le manque de considération pour votre travail de la part de vos supérieurs hiérarchiques vous donne envie de louer un Hummer customisé façon Mad Max et d’aller rouler avec application sur leurs petites voitures de fonction…
Y a des jours où vous ressentez vraiment que vous seriez une parfaite caissière à Carouf : “bonjour Madame, ça vous fera donc 5 livres pour trois semaines, vous voulez un ticket ?, je vous remercie, à très bientôt Madame”.
Y a des jours où apparaît derrière votre banque de prêt, une petite fille toute rougissante qui vous dit d’une voix fluette “j’ai beaucoup aimé le livre de Yak Rivais que vous nous avez lu ce matin… Je voudrai savoir si vous auriez un autre livre, tout pareil, à me prêter parce que j’ai beaucoup… enfin c’était drôlement rigolo !”.
Alors il y a des jours comme ça où je me dis que finalement, j’aime bien ce boulot…
Mais si je travaille !
15 août, 2008
“- Il est vraiment sympa votre travail !
- Euh, oui merci.
- Enfin je veux dire, au niveau des horaires, c’est cool quand même. Si vous cherchez quelqu’un, vous me le dites, hein ! parce que moi, bossez que les après-midis… et puis j’aime bien lire en plus !
- Non mais en fait, le matin on travaille aussi. On s’occupe du travail interne… Enfin on fait tout ce qu’il faut pour que vous puissiez trouver rapidement et sympathiquement vos livres dans les rayons ! (dit avec enthousiasme et conviction pour tenter de convaincre le bonhomme).
- Ah oui… Bien sûr… (dit avec ce fameux air “encore une fonctionnaire qui croit qu’elle travaille” et avec en prime le sourire “pauv’ fille va !)”
Et pourtant c’est vrai qu’on travaille ! Entre les acquisitions, le catalogage, l’équipement, les animations, la gestion interne et puis la préparation mentale et physique pour l’accueil de l’après-m, on a vraiment dû mal à trouver du temps pour la pause café, la pause clope, la pause téléphone, la pause “déconne” et la pause chewing gum. Pfffff !
La vérité, c’est que j’ai eu la chance dès mon arrivée à la bibliothèque d’être initiée par un Grand Manitou dans l’art délicat et subtil de la simulation du travail. Attention, c’est pas aussi facile qu’on pourrait le croire. Tout d’abord, mieux vaut être bordelique : on est toujours obligé de déplacer des papiers, des crayons en faisant si possible un maximum de bruit (histoire que les collègues s’en aperçoivent). Ensuite, il ne faut pas hésiter à souffler voire à jurer.
Exemples: le petit sac page 36 deLa Redoute n’est pas disponible avant 6 semaines, faites part de votre mécontentement en insultant ce put… de traitement texte qui vient d’avaler votre travail… Vous ratez pour la 23ème fois votre réussite, prenez-vous la tête à deux mains en hurlant que vous ne supportez plus toute cette législation autour des marchés !
Enfin le dernier point (et le plus important) ne soyez pas trop disponible. Un collègue a besoin de vos lumières, râlez un bon coup, dites que vous êtes débordé mais que tout le monde s’en fout, que non vous le ferez pas et qu’ils se débrouillent tous au lieu de vous harceler comme ça… Au bout de quelques instants, vous irez bien sûr aider votre copain qui vous sera éternellement reconnaissant, trouvera que vous êtes vraiment quelqu’un de formidable mais qui y réfléchira à deux fois avant de vous déranger.
Bon moi j’avoue que je ne maîtrise pas encore complètement cette dernière technique mais quand je vois le résultat que le Grand Manitou de ma bib a obtenu… ça me motive vraiment !

