Parfois, Albertine a de drôles d’idées…

Albertine, c’est notre bibliothécaire en charge du très sérieux et très précieux fonds patrimonial. Dans son antre, elle reçoit des gens très savants (hum hum) et qui lui posent tout plein de questions du genre : “je suis très certainement LE descendant de Louis XVIII par le côté de ma grand-tante Huguette, et à ce titre je voudrai faire des recherches poussées sur son patrimoine immobilier” ou  “je fais des recherches sur l’escargot petit-gris et son adaptation à travers les âges dans notre ville…”. Bref, Albertine est obligée de cacher sa photo dédicacée de Dave dans son tiroir et de remiser ses belles lunettes bleues style Polnareff pour écouter attentivement les élucubrations demandes de ces usagers. En même temps, elle le fait super bien, Albertine. Des fois, j’ai vraiment l’impression que ça l’intéresse !

Tout serait donc parfait si Albertine ne prenait pas de temps en temps des congés et ne refilait pas à la bonne poire qui a eu la malchance de se pointer dans son bureau la délicate tâche de recevoir un de ces… érudits. Bref, cette fois-là, c’est tombé sur ma pomme. Je me sentais en veine et comme à mon habitude je ne fus pas déçue.

La Madame de Machin Chose était spectaculaire.  Elle avait décidé que sa couleur du jour serait le violet : chapeau à plume violet (si ça existe encore), ongles vernis violet, pantalon violet, chaussures mauves (ah oui ! ici une petite note de fantaisie !) et enfin un superbe pull à col roulé violet, moulant à souhait son jadis 110 F transformé par la cruelle loi de la gravité en nouvel appendice ventral… Mais là, oh rage, oh désespoir, que ne vois-je sur cette poitrine qui ma foi aurait pu inspirer les sculpteurs des Vénus du paléolithique ? Que ne vois-je donc ? Une TACHE !!! une méga tache ! Je pense que ce doit être du gras, genre un reste de mayo. La comtesse est tout excusable parce que ses seins, dans son miroir, forcément, elle les voit plus. Et ça fait maintenant plus de 30 secondes que je regarde intensément cette tache…

Nom de Dieu BG, reprends-toi, respire et regarde la dame dans les yeux, regarde la dame dans les yeux ! donne-lui son carton, elle va regarder ses vieux articles et ce sera fini !

Mais non ce n’est pas fini, parce que la duchesse veut partager avec moi ses découvertes ! Et elle me parle, et je regarde sa tache et donc ses seins… C’est horrible !!! En plus je ne comprends pas ce qu’elle me dit. Il y a deux secondes, elle a prononcé “Louis XIV” et là, je crois qu’elle vient de dire “De Gaulle”. Mais qu’est-ce qu’elle me veut, bordel ! Et puis un moment, elle s’arrête, elle attend une réponse semble-t-il. J’arrive à la regarder dans les yeux. Je tente le coup du regard du poisson mort. Rien à faire elle me zieute toujours. Je sors alors le fameux “c’est pas faux” du cultissime Karadoc de Kamelott. Ouf, ma marquise a l’air ravi.

Les yeux brûlés à vie, un dégoût profond pour tout ce qui se rapproche de près ou de loin à une mamelle de vache et un traumatisme qu’aucune prime de technicité ne saurait réparer, je décide de refiler sans le moindre scrupule le bébé à Ginette qui ne semble pas remarquer la TACHE. Cela voudrait-il dire que j’ai un problème d’ordre psychique ? Naannnn ???!!!